lundi 20 mars 2017

Barrage de Vorbourg (Delémont - Soyhière, Jura)

Comme vous le savez depuis bien longtemps: j’analyse et scrute systématiquement le programme des journées du Patrimoines Suisse dès sa mise en ligne. C’est toujours l’occasion et prétexte à découvrir des lieux plus ou moins insolites!


Pour 2016, ça n’était pas gagné avec cette thématique «Oasis des Villes, Oasis des champs » simplement trop éloignée de la fortification, rien de très intéressant ne ressortait de ce programme 2016. Mais c’était sans compter l’apparition sous mes yeux d’un flyer invitant le quidam à rejoindre les Fortins du Colliard à ces mêmes dates, l’Association Patrimoine Militaire Bridage Frontière 3 (l'APMBF3) ouvrant leur porte à cette occasion. N’aurais-je pas été assez attentif au programme au point de rater le RDV ? Presque, puisque cette ouverture ne faisait pas officiellement parti du programme des journées du Patrimoine.  C’est donc dans la joie et la bonne humeur que nous sommes parti direction Delémont, sans avoir vraiment demandé préalablement si quelques prises d’images étaient permises, cette épée de Damoclès nous aura donc survolée durant l’ensemble du trajet!




Vorbourg, c’est quoi ?
Minéralogiquement parlant : Une Barre rocheuse s’étant du Nord de Delémont au nord de Courroux. Cette barre longe de 5km se voit, en son centre, transpercée par la Birse. L’humain, quand à lui, aura tout simplement  construit des voies de communication (route et rail)  longeant cette rivière au travers de ce passage naturel ne dépassant guère les 80m de large.

Cette barre rocheuse se verra habitée très rapidement puisqu’on retrouve des traces de présence humaine dès la préhistoire dans le secteur du Roc de Courroux, le segment Est de cette barre rocheuse



Mais c’est dès le XIIème siècle que le Vorbourg, segment ouest de la barre rocheuse, fera parler de lui. On cite des témoignages de chevaliers de Telsberg en 1132, en 1234 c’est sur un acte que l’on va citer les  Châteaux Supérieur et Inférieur de Telsberg. Ces Châteaux de Telsberg prendront par la suite le nom du Hameau proche, Vorbourg ! Ebranlés  par le tremblement de terre de 1356. Le Château supérieur deviendra et restera la ruine que l’on peut encore observer de nos jours, Le Château inférieur servira de fondation pour ce qui deviendra la Chapelle de Vorbourg, accolée à l’ancien donjon du château : la Tour St-Anne.


La chapelle de Vorbourg reste un haut lieu religieux

De part sa situation géographique l’Armée Suisse va bien évidement y trouver son compte dans la mise en place d’un barrage dans l’axe de la Chapelle de Vorbourg, dans ce petit goulet d’étranglement.


La cluse De Vorbourg avec un petit peu de hauteur

Le secteur de  Barrage Soyhières – Hasenburg, auquel est intégré Vorbourg, rentre dans une période de planification à partir de 1936 au Bureau des Fortifications de Berne.  La 1ère barricade route est fabriquée en 1936 dans le secteur du Vorbourg, Toujours au Vorbourg, les 2 premiers bunkers seront mis en place en 1940. La globalité du 1er lot de construction sera attribuée à des entreprises régionales. La Brigade Frontière 3, viendra y renforcer ces 1ères positions avec ses propres constructions.
Le barrage dit de Vorbourg se verra affublé de 5 ouvrages d’infanterie, 1 poste de commandement, un double barrage antichar contenant une particularité extrêmement rare et un OMI. Ce barrage est le 9ème rempart depuis Bâle contre une invasion  ennemie, il a été calculé que pour y arriver il aurait fallu près de 300h! Le barrage de Vorbourg sera classé et reconnu, selon l’ADAB, d’intérêt national. Le barrage sera actif jusq’à la fin de la guerre froide. Il aura reçu, durant cette quarantaine d’années d’existence, les mises à niveau utiles et stratégiques : Canons antichar 9cm, mitr de forteresse 7,5mm (modèle 51), OMI dernière génération, filtres A/C. Il sera finalement déclasser en 1995 et encore entretenu jusqu'en 2005. 10 ans plus tard, l'APMBF3 reprendra les lieux! 

Le Barrage de Vorbourg peu après sa création et de nos jours 
On peut encore observer au haut de l'image de 47 une zone de chantier d'ouvrage
et au 2/3 de la même image le mur du barrage antichar sud du dispositif. 


Reproduit à merveille, cette maquette confectionnée par Pascal Monney 
représente les diverses positions du barrage de Vorbourg.


Bien caché des les rochers de la Cluse, 5 ouvrages de défense, leur ligne 
de défense respective, 2 barricades, 2 tyrolienne à Tétraèdres. 



C’est parti pour une petite ballade…
C’est donc sous un grand soleil que nous avons attaqué notre ballade jurassienne. C’est l’occasion, également, de retirer cette petite épée de Damoclés en prenant connaissance du Maître des lieux, Pascal Monney, qui comprendra très vite l’intérêt que nous apportons à ces ouvrages historique et approuvera note actions en nous ouvrant les portes de l’ensemble du Barrage ! Nous prendrons carrément place à bord de Suzy pour une visite de l’ensemble des ouvrages du secteur, rien que ça! L’ensemble des images intérieures a donc pu se faire avec l’aimable autorisation de Pascal Monney pour l'APMBF3, nous le remercions grandement.


Suzy, la Vaillante petite Willys

Passons donc au peigne fin, l’ensemble des « acteurs » du Barrage de Vorbourg avec notre guide privé.


A1406
Fortin d’infanterie sous roc, c’est l’un des 2 ouvrages principaux du dispositif. Equipé d’un canon antichar 9cm et de 2 mitr, établi sur 2 niveau, il défend la ligne antichar Nord dont l’extrémité Est qui prend naissance à ces pieds.  Il pouvait également accueillir 15 hommes.


image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3


image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

Oui oui, vous pensez sans doute à cet article et cet article en revoyant ces images ;-)
avec l’aimable autorisation de l’APMBF3









A1407
Pour le moment encore non rétabli, dispersé le long d'un couloir de 60m et également sous roc, ce fortin d’infanterie intégrant une position mitr et canon antichar fait face à A1406, ils se défendent donc mutuellement. La Mission de A1407 reste identique : défense de la ligne antichar Nord. Il reçoit un armement un peu plus petit : 1 canon antichar et une mitr. Il était servi par 12 hommes.



image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3






A1408
Creusé en U, toujours sous Roc, A1408 côtoie A1406 d’environs 80m. Sa seule et unique position Mitr permettait d’effectuer une mission de contre ouvrage à A1407 lui faisant face. Cet ouvrage renferme une position peu courante, implantée au bout d’une longue salle longitudinale. Il renferme également une pièce de vie et des WC, tout cela sur un seul niveau. Il pouvait acceuillir 7 hommes.



image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

Promis, un jour je vous ferais un article rien que sur la lecture d'un panorama ;-)
Image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

A1409 « Berdier Ouest »
Second ouvrage principal, A1409 est le seul bunker de l’ensemble du barrage. Il est de conception très connue et déjà évoquée dans une foultitude d’articles déjà publiés. Un ouvrage dont la partie apparente est affectée au combat et est muni d’un sous sol de même superficie affecté à la pièce de vie : Transmission, cuisine, repos. Etant hors sol, comme il est de coutume dans ce type d’ouvrage, c’est le toit de ce dernier qui effectue la captation d’eau pour le refroidissement des armes.  Les armes, parlons-en, Il renfermait un canon antichar, une position mitr et un poste d’observation central (et isolé). L’ensemble des embrasures est orienté en direction de la ligne antichar Nord. Il est bien sûr resté longtemps en propriété de la Confédération suisse. Mais surtout, ses tournus de contrôle, effectués par les Gardes-Forts, se sont ponctués jusqu’en 2012!

Au dessus de l'ouvrage, il se trouve une petite position d'observation sauvage aménagée dans la nature et permettant au soldat posté ici d'observer le moindre mouvement en provenance de Soyhères



Tout petit échantillon de ce qu'était le "réseau", ces entremêlées de barbelé
entourant les alentours direct des ouvrages.













image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

Et oui, il fallait bien passer le canon par quelques part... 
image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3



A1410
Nous nous déplaçons maintenant 160m vers le sud pour visiter la dernière position de défense du dispositif. Egalement creusé sous roc, ce dernier ouvrage renfermait au bout d’un boyaux de roche brut un canon antichar dont sa position, en dépression permettait de défendre la seconde ligne antichar, au sud.

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3

image prise avec l’aimable autorisation de l’APMBF3








A1411
A l’écart de tout « grabuge », le A1411 se situe  à la hauteur de la Chapelle de Vorbourg, haut perché. Il n’est pas un ouvrage de défense, ni un PC comme beaucoup le prétendent. De conception en U avec une double entrée, cet ouvrage renfermait un abris antiaérien pour la troupe ainsi qu'un dépôt munition.


Un omi se trouvait également sur la route menant à Vorbourg, depuis le lieu-dit "Le Mexique", Permettant ainsi de bloqué tout passage en cette direction.


Cp II/230, 1939-1945
 Quand je tombe sur ce type de sculpure ou peinture, je tente toujours de m'imaginer la
 personne ayant effectuer le travail et le contexte dans lequel tout cela s'est fait! 








A1412
Se trouvant sur la rive « Courroux » A1412, de part sa hauteur (quasi égale que A1411),  avait une mission identique à A1412. Relativement éloigné et une longue approche, nous n'avons pas eu le temps de lui rendre visite. 


Barricades 
Si vous avez bien suivi jusqu’ici, vous avez donc compris que ce dispositif de Vorbourg inclus 2 barrages antichars. Leur misssion étant de barrer/Retarder l’avancée des troupes ennemies par 2 fois. Distant  de 400m l’un de l’autre, chacun des barrages devait être aptes à barricader une route principale, une voie de chemin de fer, 2 chemins agricole. 
Barricader une route était maitrisé et facile à mettre en oeuvre : des puits disséminés sur les chemins en question permettait la pose de poutrelles ou rails afin d’édifier une barrière apte à retenir la puissance d’un char et donc, de tout autre véhicules. Les OMIS permettait également ce travail en cas de dernier recourt
Barrer une voie de chemin de fer était également maitrisé : soit elle pouvait également renfermer des puits de barricade identique à ceux présent sur les route, ou avec des systèmes plus costaud comme il est visible à Soncèboz ou encore au Bregot, soit être minée.
Il restait à maitriser les flots. FACILE me direz-vous, il était simple de mettre à mal un petit bateau puisqu’à part cela et quelques farfelus à la nage, rien d’autre ne pouvait traverser un plan d’eau de 20m de large tel que la Birse ! C’est vrai, j’aurais aussi pensez comme vous !  Mais à Berne, dans les bureau de la Fortification, 2-3 ingénieurs ont pensé à 2 cas de figure et 2 facteurs non négligeables à cet endroit !
Exposons dont les faits, les 2 facteurs sont donc les suivants:
-  La Birse n’est pas une rivière reconnue pour son débit incroyable. Ca n’est pas pour rien qu’il est rare d’y croiser des adeptes d’hydrospeed par ici!
-  La Birse n’est pas non plus reconnue pour accueillir une faune aquatique de fond marin, beaucoup de secteur flirt les 1.5 à 2.5m de profondeur, guère plus.

Maintenant, exposons les cas de figure:
- Encore une fois, grâce à son débit, et sa situation géographique, (et surtout avant l’apparition d’un phénomène appelé réchauffement climatique) Il était parfaitement concevable que la Birse gèle tout simplement, voir même carrément.
-  A contrario, il n’était pas impossible que la Birse puisse simplement être asséchée!

Les faits sont donc exposés et avérés. On se retrouve ici dans un cas de figure avec lequel on doit pouvoir barrer un élément soit solide ou liquide, soit haut ou bas ! Une solution aurait été la pose de poutrelles permanentes de 3 à 5 m de haut. Ce qui aurait causé 3 problèmes : la discrétion du dispositif (...), la libre circulation sur le plan d’eau en temps de paix et l’entravement d’un tel système par l’amoncellement de matériel charrié par les flots. Les poutrelles : fausse bonne idée ! Il viendra donc en avant avec une solution modulable et toujours amovible composée de lignes de tétrapodes (ou tétraèdres) en bétons. Avec ce principe, la modularité de la barricade de tétrapodes est parfaite pour répondre à ce problème. Il restait à trouver le moyen de poser ce matériel de manière « rapide »  et sûr, également à 10m de la rive. C’est à dire au milieu du lit de la rivière. C’est un principe de tyrolienne que sera retenu pour la pose de ces 2 lignées de tétraèdres.

Un 1er câble arrimé entre A1406 et A1407 permettra de poser le matériel de barrage sur la ligne antichar Nord.
Un second câble arrimé au mur antichar et un bloc antichar permettra de poser le matériel de barrage sur la ligne antichar SUD.

Si barrer les flot est monnaie courante (comme on pouvait l’observer par exemple à Gruyères, un tel dispositif est pour ainsi dire unique en suisse. (J’ai ouï dire que proche de Monthey, un tel système aurait également existé, mais c’est à confirmer), il en fait l’admiration de ce Barrage de Vorbourg. De nos jours les câbles sont retirés, il subsiste néanmoins leurs points d’arrimage visibles au-dessus de l’embrasure canon de A1406 et au haut du mur antichar Sud, rive Courroux. 


L'un des derniers point d'ancrage du câble encore visible dans le terrain
se trouve juste au dessus de l'embrasure canon de A1406



















OMI
Situé à une 10aines de mètres au sud de la ligne antichar Sud, à la hauteur du passage sur voie de la route cantonale, un Omi pouvait « finir » le travail de barrage : Dans sa configuration finale, lorsque le Dispositif des Explosifs Permanent 75 fut implanté, l’OMI aurait  pulvérisé la route et obstrué la voie de chemin de fer à l’aide de 5 puits de minages. Aujourd’hui, cet omi n’existe plus, seul, les raponces de bitumes permettent encore vaguement de localiser leurs emplacements.  Google maps à d’ailleurs capté la fin de ces travaux de démantèlement des puits. Il se trouvait également à cet endroit un dépôt contenant du matériel de barrage destiné  à la barricade de la route cantonale se trouvant sur l’axe de la ligne antichar SUD tout cela à maintenant disparu.










Ce barrage fût vraiment intéressant à décortiquer! Sur 5 ouvrages, on retrouve divers procédés de fabrication (galeries, Bunker) différente finition (bruts, gainées), et des constructions parfois atypiques (couloir longiligne tel que le A1407 ou la position mitr de A1408) ou encore ces fameuses tyroliennes! Que de belles surprises! 

Encore un énorme merci à Pascal pour sa confiance et à Denis, pour sa disposition, qui n’a pas hésité à se muer en guide personnel  et nous mener à bon port dans une joie et une bonne humeur toute Jurassienne. N'hésitez donc pas à les contacter afin qu’ils vous guide également dans ces entrailles historiques!! Il est même possible d'y organiser des soirées fondues ;-).



dimanche 12 mars 2017

Fribourg - Pont de Zaehringen, Le retour

Pour des raisons qui parfois nous échappent, on rate le coche ;-). Et s'il y a bien un ouvrage qui méritait un peu plus d'intérêt et d'analyse, c'est le pont de Zaehringen de Fribourg!


Alors oui, il a déjà eu son petit moment de gloire dans l'article Fribourg: ville de ponts, ville d'omis mais les observations effectuées après cette parutions font que finalement,  je ne pouvais pas "ne pas" ré-ouvrir ce dossier, il en fallait même plus avec la création de cet article qui lui est complément dédié. 

Si on se remémore les infos présents dans l'article initial datant de 2014, j'observais que le pont de Zaehringen accusait la présence de 4 chambres de minages, 2 puits de relais et d'un PMA. Un schéma d'OMI classique et contemporain finalement, "banal" je serais tenté de dire! Je validais l'ensemble de ces observations par un pronostique de destruction se limitant à la moitié de l'ouvrage. 

Puis, 2 ans plus tard, lors d'une petite promenade familiale, je me surprends à observer sur l'un des piliers "nu", quelques chose de muré et de la même taille que les accès aux puits de minages encore visibles sur les autres piliers. 



Cette observation me fera à nouveau  étudier ce pont avec les moyens du bord (c'est-à-dire... rien) et cette fois-ci, plus scrupuleusement! 

C'est grâce à la BCU et sa mine d'or qu'est son patrimoine photographique que je retrouve une image des Frères Mülhauser qui me sera très révélatrice...





Cette image prise depuis la Lenda est datée de manière très large "1930-1960". Personnellement, j'ai une quasi certitude qu'on peut lui attribuer une fourchette plus précise: 1960-1970. Mais ce qui va rouvrir ce dossier et me faire retourner sur le terrains pour en démystifier tout cela est un tout petit détail visible au pied du pilier en 1er plan, coté Schoenberg.





Cette petite passerelle est le même type de construction également visible sur le pont de Berne, tout proche, jusque dans les années 70, une passerelle dont sa fonction est déjà expliquée dans l'article qui lui est dédiée (Fribourg: ville de ponts, ville d'omis )




Cette fois c'est donc confirmé, je charge le matériel et retourne sur place... je suis passé à côté de trop de chose!!


Nous nous retrouvons maintenant au même endroit que Les Frères Mülhauser, 50 ans plus tard et repartons ensemble à la découverte des secrets de ce pont: 



Bien évidemment la passerelle, elle, à maintenant disparue. Mais reprenons un par une les éléments encore visible de l'OMI. 

1er étape: le PMA. Ce puit, déjà observé dans mon 1er article ne change pas de statut, hormis son aspect de puit de relais (à la place de la traditionnelle coupole en béton). Il conserve son rôle de centre névralgique pour la destruction de l'ouvrage. C'est du fond de ce puit que le cordeau détonant relié aux multiples charges venait se connecter aux allumages électrique (dont les câbles ressortaient par le tube obstrué sur l'image par un cache métallique) et pyrotechnique.


De ce puit, un conduit enterré part(ait) en direction du 1er pilier



Au niveau de ce pilier, nous retrouvons 3 éléments visibles: 2 portes en acier incrusté dans les passages du pilier, et une plaque sur la route. 

Déjà relaté dans mon 1er article: les 2 portes en acier donnent accès à une chambre de minage. Ces chambres sont divisées en 2 parties: une partie inaccessible et scellé contenant une quantité de charges bien définies stocké de manière permanente et une seconde partie, un sas, juste derrière la porte, permettant aux mineurs de venir fixer le matériel utile à le mise à feu des charges. 




Le 3ème élément est la plaque. Ce que j'ai initialement pensé être un bête puit de relais (et donc de la même taille que la plaque refermant le PMA) par conclusion hâtive ... est finalement un puits de minage.  Cette plaque plus grande (dont je n'arrive pas encore à comprendre pourquoi je l'ai prise pour un puits de relais) renferme le même dispositif que les chambres, mais disposé de manière verticale. Conçu pour agir en profondeur, ce puit permettait de détruire la base du pilier. On a donc ici 3 zones de destruction: 2 détruisants les murs latéraux du pilier et 1 pulvérisant la base et probablement les fondations sur lesquelles s'appuie le pilier. 


De ce 1er pilier et au départ de ce 1er puits de minage, un canal enfuit dans le tapis de la Route des Archives part en direction du second pilier (celui étant plongé dans la Sarine).


On retrouve dans ce second pilier une configuration identique au précédent. A nouveau: un puits de minage par lequel débouche le canal communiquant avec le 1er puits et 2 chambres de minage. Un réseau en Y dessert du puit les 2 chambres de minages en cordeau détonant. La destruction quand à elle est également identique. 

Voici, de manière vulgarisée,  les entrailles de ce dispositif (il faut le prendre comme une esquisse) et donc, ce qui se cachait derrière ces portes: 



Sous la plaque se cache une dalle muni d'un cercle avec des
systèmes d'arrimage...

Un tel système se retrouvait également de l'autre côté des portes en acier


ces dispositifs permettaient une préparation fiable et rapide de l'ouvrage pour sa destruction
par la mise à feu des explosif stockés en permanence (en noir sur l'esquisse) 






Ici, et cette fois je peux le certifier, s'achève le dispositif  de minage de type R (équipé donc en permanence de charges) intégré dans le nouveau "dispositif des explosifs permanents" déployé dès 1975 au travers de l'ensemble de la suisse . Il était donc composé ici de 6 puits de minage permettant d'effondrer les 2 piliers Rive "ville". 


Zone de destruction de Pont de Zaehringen après 1970.
Mais qu'en est-il de cette fameuse passerelle évoquée en début d'article!  Et bien c'est finalement très simple. Le pont conserve encore clairement les traces de l'ensemble du dispositif de Type L ayant été en place jusque dans les années 70, ce même dispositif présent également sur le pont de Berne.  Cette passerelle était un des éléments de ce dispositif. Et nous allons maintenant refaire l'ouvrage à l'envers pour retracer l'ensemble de ce 1ère mise en place.

Déjà détaillé et expliqué ici, un OMI de Type L ne contenait pas d'explosif en permanence. L'ouvrage était en revanche équipé de niches, parfois avec une petite galerie d'accès, pouvant accueillir l'explosif mise en place par la troupe. Afin d'accéder à ces niches, divers échelles et passerelles étant très souvent déployé sur la structure de l'ouvrage. C'était le cas à Zaehringen et de telles niches ont déjà été présentées dans ce blog, plusieurs exemple: 



Epagny 
Hauteville
Fiaudères 
Si à Fribourg, on n'en retrouve plus de manière distinctive, on en devine de subtiles traces (quand on veut bien se donner la peine de les chercher!!). Et c'est avec le pilier en bord de Sarine, rive Schönberg, qu'on démarre cette retrospective:

C'est sur ce pilier qu'on retrouves des traces d'accès murée. Présente dans le passage du Chemin des Archives, aux même niveau et même dimension que les portes visible sur les autres piliers: 




Nous sommes donc ici en présence d'ancienne chambre ayant abrité une niche de minage. Mais l'observation ne s'arrête pas ici, si nous allions en direction du sentier bien connu des touristes,  passant sous la route des Archives, au pied de ce même pilier...




Si vous n'avez pas lu l'article jusqu'ici, vous devriez donc observer un simple abri à mouton! Si, en revanche, vous avez tenu le coup à la lecture de cette article jusqu'à maintenant, votre endurance va ce voir récompenser et vous devriez y voir autre chose...
...
...

C'est en ordre, tout le monde a vu la même chose? On peut donc développer pour les mauvais élèves: regardez le toit de l'abri et déviez votre regard à droite... Vous devriez normalement tomber sur une tache plus ou moins rectangulaire un peu plus foncée que le reste du pilier.  Bingo, ça devrait maintenant vous sauter aux yeux: vous venez de découvrir  la 3ème niche du pilier.

En allant plus près, il est possible d'observer les rails scellé dans le mur que soutenait des planche et qui composant donc une passerelle.



L'accès à cette passerelle ne se faisant pas depuis le planché des vaches (ou moutons pour le coup) mais depuis le Chemin des Archives à l'aide d'une échelle. Maintenant disparu, on retrouve encore les traces des fers scellés dans le mur: 



Cette organisation et mise en place des niches se retrouve également sur les 2 autres piliers  En fait, il est finalement simple d'en déduire que les niches de minages à la hauteur  du chemin des Archives, de chaque coté du pilier, ont été conservées, adaptées et recyclées  en chambre de minages dans le cadre de la mise en place du nouveau dispositif de type R. 

Quant aux niches inférieurs (très vraisemblablement situé au centre du pilier) on y accédait par une petite galerie dont l'accès se faisait par les passerelles: tout ceci a été muré / condamné. C'est le puit de minage (dont on voit le couvercle sur le tapis du chemin des archives) dont les charges se trouvant en profondeur et arrivant au même niveau que les anciennes niches, qui prenait le relais de la destruction de ce niveau.  

La zone rouge représente la zone de stockage des explosifs lorsque l'ouvrage 
se trouvait en type L 
Dès les années 70, un puit de minage viendra remplacer cette niche, avec des explosifs 
entreposés de manière permanente au même niveau que l'ancien puit.


Mais encore une fois, même murées, ces anciens accès sont subtilement visibles:

Pilier Sarine
Une niche murée reste ici complètement observable
Et voici à quoi ressemblaient ces lieux avant les années 70.
C'est exactement cette passerelle qui est visible sur l'image de Mülhauser





Pilier Ville
Les traces de la niche de minage inférieur est très subtile à identifier car elle se trouve englobée dans la structure de l'escalier métallique permettant de rejoindre le bord de la Sarine. Mais paradoxalement, les fers de fixation d'échelles, eux peuvent clairement sauter aux yeux. Il se pourrait même qu'un ancien conduit pour cordeau détonant, menant justement à cette niche, soit encore visible. 








La dernière trace de ce 1er minage pourrait être cette niche incrustée dans le pilier, si maintenant il renferme autre chose, on devine clairement que l'encadrement est beaucoup plus ancien. on peut donc penser qu'initialement un boitier de relais ou boitier d'allumage pouvait être scellé à cet endroit.





Durant mes recherches, je suis également tombé nez à nez avec un triste fait divers s'étant passé dans tout proche du pont et relaté dans le Nouvelliste du 18 décembre 1940: 



Impossible de savoir si cette affaire est étroitement lié à la présence de L'Omi présent sur ce pont de Zaehringen. Mais avouez que la coïncidence est grande, non?



Et bien voilà, c'est fois un peu le dire, ce pont ne nous présente plus beaucoup de secret! Jetes-y donc un petit coup d'oeil lors de votre prochain passage! 

Ha, encore un petit détail, cet Omi, comme maintenant l'ensemble des omis en Suisse, est maintenant neutralisé (et depuis un bon moment pour ce qui concerne Zaehringen). Il ne contient plus la moindre trace d'explosif. Une ouverture des portes ne vous fera déboucher que dans un petit local de ce type complètement vide, et rien d'autre de super excitant: 


Ce message permet donc de soulager les potentiels anxieux à ce sujet ;-). 


mercredi 8 février 2017

Quel sera le sujet du prochain article?

Et si, pour une fois, nous bouleversions un peu les habitudes. En pleine rédaction et préparation du prochaine articles j'ai décidé de de vous en partager un tout petit aperçu. Mais en fait, où suis-je allé me perdre?