dimanche 18 novembre 2018

Centrale DAP, Bulle

centrale DAP Bulle


Nous quittons le temps d'un article l'ambiance défensive typiques  des ouvrages du réduit. A l'instar du Bunker CFF de Berne, nous sommes ici dans un ouvrage "pas vraiment militaire, mais parfois un peu aussi quand même". On se trouve en pleine ville de bulle et pas vraiment  implanté milles lieux sous terre! 

Dès septembre 1934, il est décidé d'ériger un réseau de de Défense Aérienne Passive au travers de la Suisse, ce sont les prémices de la protection civile. But de ce réseau: aménager et préparer des abris pour la population, acquérir les informations relatifs aux dangers pouvant provenir du ciel, les relayer entre les divers PC afin d'en informer la population au bon moment. La DAP est donc un cumule d'ouvrages de protection civile (quasiment  tout village possédait un abri pouvant accueillir la population du moment), de centrales régionales. Une partie de la population (apte, tout de même, à pouvoir potentiellement tenir une arme même si ces détachement étaient non armés) servait la cause de la DAP. On a tous, déjà entendu parlé de couvre-feu, on a tous déjà  entendu un grand parent relater  l'utilisation de rideaux opaques afin de diminuer l'impact lumineux de nos villes et villages la nuit. Et bien c'est la DAP qui émettait ces consignes. C'est en outre elle qui pouvait déclencher les tant redoutées alarmes anti-aériennes en cas de nécessité.  

Détachement DAP de Broc, années 40 (Source: notrehistoire.ch / Glasson) 

Même en pays neutre, ce réseau DAP aura eu son utilité, car la Suisse aura eu sa part de dommage "collatéral", en outre d'innombrables neutralisations par la DCA suisse d'avions étrangers l'ayant survolé, certains faits tragiques marquent cette période 39-45: 


Genève: 11 et 12 juin 1940
Bombardement de nuit, par erreur, des Britanniques. 

Renens: 12 juin 1940
7 bombes larguées par les Britaniques sur la Gare de Renens, Probable destruction d'un noeud ferroviaire stratégique.

Schaffhouse, 1er avril 1944: 
50 bombardiers américains larguent en matinées leurs chargements  sur la ville.  

Morgins, 6 août  1944
En fin d'après-midi, 3 avions de la Luftwaffe tournoient dans la régions. 2 bombes et des salves de mitrailleuses seront lâchées sur le hameau en fin d'après-midi. 

Bâle et Zurich: 4 mars 1945
6 bombardiers Liberator Américain larguent 12 tonnes de bombes incendiaires dans le secteur de Strickhof. Motif, peut être un message d'avertissement? Destruction d'un noeud ferroviaire? intimidation d'une possible cellule nazi locale? 


NOTRE PASSE A VIF - ALERTE A LA GUERRE



Centrale DAP Bulle


A Bulle, c'est en 1940 que l'abris DAP est construit. Il renferme a lui seul une centrale d'alarme, un Poste de commandement, et de quoi abriter quelques civiles. tout cela réparti sur 4 étages, allons-y: 


1er étage  2ème niveau. 
Vous le verrez plus bas, il est complexe ici de parler d'étages. On va donc jouer avec les mots et utiliser le terme de ... niveau.

Nous attaquons la visite par le second niveau, pour la simple et bonne raison que c'est par celui-ci que nous accédons à l'ouvrage. Qui dit entrée, dit SAS d'entrée et contrôle.  Après un court couloir nous débouchons devant le contrôle d'entrée et 2 portes d'entrée. L'une affublée d'une douche. Ce niveau possède en outre un WC et un lavabo.

Un partie de ce niveau pouvait déjà servir d'abri et permettre d'accueillir quelques civils. 









le niveau est séparé par 2 rampes d'escaliers, l'un montant, l'autre descendant. Nous allons donc passer au niveau  inférieur: 


Niveau 1
Nous nous trouvons ici au niveau le plus bas de l'ouvrage. c'est le   seul étant partiellement sous terre. Il renferme ici la partie stratégique de l'ouvrage. Le niveau, toujours séparé par la rampe d'escalier est attribué: 



A gauche: la centrale téléphone / alarme. D'ici, il était donc possible de communiquer avec d'autre cellules DAP. C'est également d'ici que les alarmes pouvaient être enclenchées pour avertir la population d'un danger aérien.









A droite: Le PC.  Ici était donc établi le Poste de Commandement régional de la DAP. C'est à vérifier, mais il se pourrait également que ce PC aurait pu accueillir un PC militaire. 





De ce niveau 1 nous filons maintenant au Niveau 3. 


Niveau 3:
Le niveau 3 devait très clairement servir de simple abri sur la totalité du niveau. C'est sur celui-ci que se trouve la sortie de secours de l'ouvrage. 





Niveau 4
Le niveau 4 est le dernier niveau de l'ouvrage. A  mes yeux, c'est également le plus beau. Décontenancé par l'acoustique trouble du son ricochant chaotiquement entre les murs de ce dôme. On ne peut passer à côter de cette magnifique voûte sommitale de pierre.  Ce niveau devait également servir d'abri. On parlait d'acoustique, je me demande l'ambiance qu'il aurait pu en émaner ici lors d'un bombardement quelques mètres en dessus!









Son implantation
je suis relativement certains que la plupart d'entre vous reste sur leur faim! Mais que diable, ou ce bunker pourrait bien se trouver en ville de Bulle? Je serais assez joueur pour terminer l'article ici et voir la réponse à cette question dans les commentaire car je sais que ce mystérieux endroit ne l'est pas pour certains d'entre vous et les historiens en herbe de la régions. Ce qui est intéressant, c'est que cette année, justement, énormément de monde s'est empressé de profiter du programme #patrimoine2018 et aura, pour l'occasion foulé le toit de l'ouvrage sans en soupçonner son existence! Et c'est là, que cet ouvrage me plaît tout particulièrement.  Je me demande quel est le pourcentage des visiteurs qui auront remarqué un petit détail, celui-ci: 





Avant la lecture de cette article, pour autant que vous y auriez prêtez attention, cette dalle aurait été du latin à vos yeux, je suis certain que maintenant ça l'est nettement moin! Mais décortiquons-la tout de même.

Ville de Bulle -> Bon là on est tous d'accord qu'on ne va pas s'étendre. 
DAP -> Défense Aérienne Passive 
Juin 1940 -> Date de la création ou de la fin des travaux de l'ouvrage
Jean Barras -> Décédé en 1982, Jean Barras aura été un grand ingénieur de la région. Les anciens l'alignent volontiers à Beda Hefti. Un de ses bébés c'est le pont à double arche de l'Hongrin. Il a participé à des projets tel que le Chalet du Régiment, Vous l'aurez compris, sa spécialité est le béton armé. et c'est lui qui aura eu charge de la réalisation de ce bunker. 

Afin de gentiment dévoiler le pot au rose prenons un peu de recul






Et oui... si vous avez bien suivi, vous l'aurez compris, on se retrouve ici au pied du donjon du château de Bulle, Au plutôt au niveau par lequel nous accédons à l'intérieur du donjon. 

On marche sur une dalle de béton d'une épaisseur d'environs 1m rajouter en 1940 sur la dalle initiale de pierre également estimée à 1m (a son point le plus faible). On se retrouve donc ici sur un bouclier de 2m. prévu pour résister à un bombardement de l'époque. Quand aux murs, rien n'a été body buildé, l'épaisseur de ceux-ci oscille les 3.8m, pas loin de 4.5 m à sa base, où est logé le PC et la centrale l'alarme. 

On observant bien l'image ci-dessus, il est également possible de voir 2 bouches d'aération (à gauche de la cheminée et devant l'escalier de droite.) Elles proviennent tout droit du bunker. 

Il s'avère que ce bunker et ses 4 niveaux a été inséré dans une grande cavité non exploitée au pied du donjon. 3 niveaux se retrouve hors sol, le 1er niveau se trouvant sous terre. 

Coupe du donjon dressée en 1936 (Pro Fribourg n°93, page12) et
intégration des 4 niveaux    





Si il était possible, avant la création du bunker, d'accéder à cette cavité par une petite trappe sommitale carrée. il était aussi possible d'y arrivé par une issue de plein pied, c'est cette issue qui est conservée et exploitée afin de l'utilisée comme entrée principale du bunker. Cette dernière se trouve au pied du donjon, à l'abri des regards dans une petite cour. 

L'entrée du Bunker à plein pied, l'accès au donjon se trouve
quand à lui plus haut. 










Dommage collatéral lié à l'implantation du bunker à cet endroit; c'est la création d'une sortie de secours. Taillée dans l'épais mur du donjon, Elle se trouve au niveau 3, le niveau supérieur à l'entrée.  Il était entendu que cette issue soie, après la guerre, rebouchée. Cela n'a jamais été effectué. 
Après  la plaque scellée sur la dalle, c'est le second et dernier signe extérieur visible de cette centrale DAP. 










La centrale de Bulle ne sera plus utilisée une fois la guerre achevée.  Encore dans son jus, elle reste néanmoins un magnifique témoin de ce passé. Ouverte une première fois au publique en 2015. C'est lors de la Nuit aux Musées 2018 (d'où l'éclairage d'un temps moderne et temporaire en ces lieux) qu'il m'a été permis de pouvoir enfin fouler le plancher de cette centrale DAP.