samedi 29 octobre 2016

Corbeyrier / Leysin




Aujourd'hui,  je vous parle d'un "dossier" déjà ficelé depuis un moment mais pour lequel je me devais de trouver un peu de temps pour le réaliser (toujours cette sainte chasse au temps...). Ce sont donc Vincent et Damien, lecteurs de mon blog, qui vont être content de voir arriver cet article puisque c'est en direction des Préalpes Vaudoises que je me dirige afin de vous dévoiler les barrages qui constituent l'axe de défense Yvorne - Hongrin. 




Si cet axe est déjà défendu depuis l'époque  Romaine, c'est bien évidement une période un peu plus moderne qui va retenir notre attention. C'est au début des années 40 que la région du Corbeyrier va observer une activité militaire un peu plus dense avec la construction et la mise en place de barrages et ouvrages défendant l'axe Yvorne - Hongrin.  Bien que l'axe réel à proprement dit n'existe que depuis 1972 avec la création de la route militaire reliant La Lécherette à Grand-Ayerne, le passage Yvorne - Lécherette, rendu difficilement franchissable à cause de marais, retiens déjà l'attention de l'Etat Major dans les années 40. 

Pour vulgariser au mieux les secteurs de défense nous allons retrouver dans la régions 3 zones de barrage:
- Secteur des Agites: afin de bloquer tout mouvement en direction du nord et venant depuis Corbeyrier.  
- Secteur Corbeyrier: afin de bloquer tout mouvement en direction du nord et venant depuis la plaine de Rhône (Yvorne) 
- Secteur Veyges-Prafandaz: afin de bloquer tout mouvement en direction du nord et venant depuis la plaine de Rhône (Aigle via Drapel)

Secteur des Agites:



Nous nous trouvons ici dans le secteur le plus élevé de ce dispositif, son ouvrage le plus haut, culmine à 1600m. De part leur implantation topographique, nous allons retrouver ici uniquement des ouvrages sous roc les rendant pour ainsi dire complètement invisibles à "l'oeil nu". On reste dans des dimensions d'ouvrages d'infanterie de montagne, des ouvrages compacts et placés avec bonne réflexion. 

A341



On commence ici avec la seule mauvaise pioche du dispositif, (comme ça, après, on en parle plus ;-) ) 
Cet ouvrage devenu sur le principe inaccessible pour cause d'éboulement de terrain assurait 2 fonctions: La partie frontale permettait d'acceuillir  une mitr, son arrière constituait un abris de troupe. Il couvrait et défendais le plateau des Agites.

A342



Cet ouvrage mitr pouvait également abriter 10 hommes. Son axe de défense comprend le secteur Nairecou qui intègre une portion de route de 400m s'étendant depuis le portail sud du tunnel des Agites au virage se trouvant 60m en aval de l'OMI présent également sur ce tronçon. 



Il est utile de préciser que la route s'est modernisée avec l'arrivé du tunnel (voir plus bas) et qu'avant ça: c'est une rude route de montage qui passait devant cet ouvrage. Ce dernier devait donc également défendre ce passage clé. 


Des portions de l'ancienne route sont encore visible


Bon, et bien quand il faut y aller, faut y aller!



A343
On se trouve ici sur l'ouvrage le plus élevé du dispositif. En tant que nid d'aigle bien cois, cet ouvrage devait initialement abriter un PC de bataillon. Sa position Mitr permet de contrôler tout mouvement s'effectuant sur l'ensemble du plateau tout proche et pouvait abriter jusqu'à une 20aine d'hommes. Afin de laisser cette petite perle en paix, je décide de ne pas vous en dévoiler plus ;-). 

Cette dépression rocheuse n'est autre que l'extrémité de l'embrasure de la mitr. 



Croquis de A343 avec son embrasure en dépression pour mitr sur affut de campagne


Non, vous ne rêvez pas, ceci est bien un WC turc, vous ne me croyez pas? 

et bien voilà ;-) 


La position mitr n'est en fait pas équipée d'une embrasure à proprement parlé,
Il ne s'agit juste que d'une ouverture brut dans la roche. 


Tunnel des Agites



Il existe 2 variantes lorsqu'on parle du tunnel des Agîtes (également nommé tunnel de la Sarse)

La variante 1: La légende! Elle tend à faire flotter un mythe militaire à son sujet. Il aurait été construit par et pour l'armée dans le but d'y renfermer à chaque puits de lumière creusé dans la roche une pièce d'artillerie  mobile en cas de coup dur.

En rouge: Ancienne route, En vert: Nouvelle route
La variante 2: La réalité! Elle est clairement la bonne et c'est la suivante: c'est le consortium  d'alpage régional voulant supprimer le passage des bêtes au travers d'une route pittoresque et dangereuse qui permettait d'amener les troupeaux sur le plateau des Agites, qui est à l'origine de la construction du tunnel s'étant effectué de 1938 à 1940. 

Mais qu'en reste-t-il des puits de lumière qui sont bels et bien là! C'est Pierre Delévaux  (grand connaisseur de la région, ancien officier d'artillerie et notamment ancien Commandant du fort d'artillerie de Champillon) qui se colle à la "désaffection mystique" militaire de ce lieu en ayant étudier les ouvertures des puits, leurs angles et leur portées. "Il n'est pas possible d'atteindre des objectifs tactiquement intéressant" ce à quoi il conclut: "je n'exclus pas qu'un officier ait tenté l'expérience, durant la guerre on a essayé beaucoup de chose, mais ce n'est en tout cas pas la vocation de cette galerie (source)














OMI

Le tronçon de route déjà mentionné un peu plus haut, qui s'étend sur 400m au sud du tunnel des agites était en toute logique équipé d'un OMI. Si tout le dispositif est maintenant retiré, on y retrouve des traces telles que les chambres de minage de type R (post 65) et ce qui pourrait être un puits de minage, en cherchant bien, on devine encore la présence du PMA.  Tout ce dispositif  permettait de détruire pas loin de 70m de route à flanc de rocher. 






A à peine 2m de la chambre de minage la plus au nord de l'Omi, on devine les restes
cylindriques  des éléments  préfabriqués qui constituait le PMA

On en déduit que le béton non utilisé par les ouvriers pour murer les chambres a étédéversé
 sur le PMA.  On retrouve toujours à cet endroit le canal pour cordeau détonnant et
je rigole à la vue du fil d'acier vert permettant de tringler le cordeau dans les canaux
et son anneau d'extrémité ... toujours en place, partiellement scellé dans le béton.

Secteur Corbeyrier
Stratégiquement, je ne sais pas si je suis juste, mais je décide d'intégrer 2 fortins se trouvant à l'extrême nord du secteur de défense de Corbeyrier, les Fortins de Luan (A344) et La Praille (A345)

En plus de ces 2 ouvrages: A346, 355 et 363 sont construit  dans le même moule, à savoir un bunker mitr équipé d'un toit pouvant récolter l'eau, d'un bloc de combat et d'une sous-sol accueillant l'espace de vie une petite entrée latérale et de 3 embrasures: 
- 1 embrasure Mitr
- 1 embrasure FM / Obs
- 1 embrasure pour arme légère 
On notera également au passage que ces ouvrages arborent de magnifiques pans de mur de pierre massifs.

Croquis type de l'un de ces 5 bunkers 



A344

Se trouvant proche de Café de Luan, ce Bunker est l'ouvrage le plus au nord du barrage de Corbeyrier, son essentiel travail était de couvrire la route des Agites mais également de défendre ce secteur utilisé comme zone d'héliportage. Si ce bunker est l'un des seuls à être camouflé du secteur Corbeyrier, c'est que les prioritaire d'une maison toute proche, ne le trouvaient pas à leur goût. Il fut donc par la suite lamellé de bois pour le faire passer pour une grange ou étable. Isolé, cet ouvrage n'est pas doté de contre ouvrage. C'est la la tendance observé dans le secteur. 





Secteur de feu de l'ouvrage


A345

Perdu aux milieux des pâtures, A345 avait pour but de couvrir l'ensemble de la plaine de La Praille qu'il domine légèrement. La zone de la Praille accueille également l'ancien chemin muletier du Col de Prafandaz. A345 permet ainsi aussi de défendre tout mouvement arrivant par se sentier depuis Prafandaz.






Ceci n'est pas un oubli, juste un retrait de pot d'embrasure FM effectué par le propriétaire 
actuel de l'ouvrage...
Secteur de feu de l'ouvrage


A partir de maintenant nous allons suivre la logique de numérotation qui ne sera plus ordonnée de manière géographique comme c'était le cas jusqu'à présent
A346 se trouve dans le secteur Leysin
A347 est inconnu
A348, 349 et 350 sont les ouvrages du barrage de Vuargny
A351->A354 sont inconnu
A355->357 se trouvent dans le secteur Leysin
A358 >A360 se trouvent dans le secteur Leysin

Barrage anti char Saconnex




Le barrage anti char du Corbeyrier se situe au sud du village. Long de 270m, il barre le secteur de Saconnex et ses pentes herbeuses. 

2 barricades renforcent ce mur: 

La première barricade se trouve à la hauteur de la route cantonale qui la traverse. Une série de puits implantées dans la route et maintenant disparus, permettaient la pose du matériel de barrage. Le dépôt refermant ce matériel est encore en place.











La seconde barricade se trouve proche de A361 et barre une route forestière par la pose de poutrelles d'acier insérées horizontalement dans des logements prévus à cet effet et aménagé dans le mur.

L'ouvrage de Châtillon (A362) avait comme mission de défendre ce mur. 








A361


Ce tout petit bunker ayant comme nom "Ravin" était une modeste position pour arme légère et avait comme mission de défendre la pente se trouvant à l'extrémité Est du barrage antichar de Corbeyrier. Il se trouve être le plus ancien ouvrage du dispotif. 






A362




La construction initiale de cette position se résume à 2 fortifications de campagne érigées à la hâte en même temps que le mur de Saconnex afin d'y défendre ce dernier. C'est l'année suivante que cette position, qui se verra être le bloc Est, sera "modernisé", enterré et agrandie. Puis viendra s'ajouter dans la foulée  un second bloc de combat distant de 140m à l'ouest et communiquant entre eux via une galerie souterraine. Il sera connu sous le nom de bloc ouest. Ce second bloc assura la défense d'un second Barrage antichar (Scierie) également érigé durant cette même période de modernisation et se situant au Sud-Ouest de la forêt de Châtillon. Chacun de ces blocs renferme un canon antichar 9cm. 


Galerie d'entrée




Bloc Est






Bloc Ouest





Barrage anti char Scierie
L'une longueur de 90m se situant tout proche de la Scierie de Châtillon. Ce barrage, défendu par le bloc ouest de A362 avait pour mission le barrage de la route communale passant par le sud ouest de Châtillon.


A363





Se trouvant sur les arrières de Corbeyrier, A363 surplombe les arrières de Châtillon et renforce ainsi le défense du secteur avec  sa position mitr.







Secteur de feu de l'ouvrage 

A364 
inconnu 


A365




Achevé en 1942, A365 est un fort d'artillerie plus connu sous le nom de Fort Champillon. Sa mission était de couvrir l'introduction de la plaine de Rhône par la présence de canons implantés dans le massif  Nord Ouest du massif de Champillon. 

Prévu pour renfermer à l'origine 4 canons de 7,5cm. Seul 2 2 canons de 10.5cm seront finalement construit pour des raisons économiques 

Cet ouvrage d'artillerie est bien évidement un petit village sous roc, Il renferme notamment une caserne à 2 étages pouvant abriter jusqu'à 140 hommes, 1 cantonnement  renfermant l'ensemble des PCT, PC, chambres d'officiers, réfectoire, mess Of et Sous Of, infirmerie, salle d'opération, etc etc... Affilié aux 2 canons 10.5cm de la configuration finale, on retrouve bien évidement leurs observatoires et magasins munitions respectifs. Déclassé en 1994, il sera vendu à la Société NL Pyrotechnie  et intègre depuis 2011 le Pyromin Museum, un musée sur le thème des feux d'artifice et de la pyrotechnie. 



Contrairement  à ce qui pourrait se dire, ce matériel n'était pas lié 
à la construction du fort, mais à celui du Tunes des Agites! 




Pour l'heure je n'ai pas effectué d'images intérieur de l'ouvrage, je n'ai pas encore entrepris les démarches utiles à cela. Pour l'heure voici une petite vidéo de la mise en position d'un des canons 10.5cm  (motorisé par le 1er racheteur "civil" de ce fort) que renferme l'ouvrage et des images intérieur visible sur le Site Lignemaginot.

   
A366
Inconnu pour l'heure, il se raconte que cet ouvrage est la Sortie de secours du Fort de Champillon. C'est à confirmer

A367
Est un petit abris se trouvant au dessus de l'entrée de Fort Champillon


A368


Cliquer ici pour afficher l'image en taille originale

Se trouvant haut perché en bord de falaise, au Nord Ouest de la butte de Champillon et surplombant avec magie la plaine du Rhône, A368 est un ancien Poste d'observation lié au fort d'artillerie de Dailly. Outre son poste d'observation, il est également muni d'une pièce de vie.







Le secteur de Corbeyrier est maintenant achevé nous sautons sur l'autre versant de la Berneuse pour arriver sur le secteur  de Leysin 


Secteur Veyges-Prafandaz (Leysin)

A346



Nous sommes ici à l'opposé géographique de l'ouvrage A345 se trouvant à la Praille. Par définition, cet ouvrage mitr avait donc pour mission de couvrir l'ensemble de la plaine de Prafandaz avec une déconcertante facilité de par sa position dominante. Cet ouvrage mitr est l'unique ouvrage pensé dès le départ avec l'incorporation d'un camouflage type chalet d'alpage. Un magnifique camouflage intégrant un bien joli petit balcon factice! 














On retrouve également 2 solitaires proche du bunker, l'un tout proche.. 

...et le second...

...se trouvant 80m en contre-bas de l'ouvrage.



La vue qu'offre l'estrade de Prafandaz est simplement magnifique.
je ne peux que vous recommander la place de picnic emménagée se trouvant à cet endroit!


A355



De Prafandaz, nous chutons en direction de Veyges, petit hameau se situant en dessous de Leysin et abritant un bunker mitr. Sa mission était de stopper toute avancée provenant d'Aigle par le sentier pédestre du Drapel. Ici également aucune présence de contre ouvrage. Mais la troupe pouvait être cantonné dans 2 petits abris sous roc se trouvant au Drapel, tout proche. 








A356 et A357
Ces 2 positions sont de minuscules abris sous roc de 8 à 10m de profondeur pouvant abriter chacun quelques soldats sans doute cantonnés ici pour gérer tout mouvement dans le secteur étroit de  Drapel. Ici ce ne sont que de petites portes en bois qui refermaient ces abris brut de rocher et sans le moindre équipement. Ils portent pourtant chacun leur numéro d'ouvrage

A357








A356







On fini cette visite du secteur Corbeyrier / Leysin avec 3 petits observatoires perché en bordure du précipice du Roc de Veyges.


Implantés côte à côte sur une distance d'environs 200m et suspendu au bord d'un précipice de 90m, ces 3 ouvrages sont tous conçu de la même manière: Il s'agit de petits bunkers pentagonaux en béton dont 3 côtés sont muni de fenêtres d'observations orientées en direction de la vallée.  Ils sont partiellement enterré afin d'étouffer leur forme. Quasi  invisible du ciel et de l'arrière, ils le sont un peu plus depuis la plaine. Pour autant qu'on sache les localiser! 
Si on connait leur fonction (observation) et leur secteur (la plaine du Rhône). On connait moins à qui devait être acheminé observation effectué ici. 


Le panorama qui nous est offert depuis la terrasse panoramique aménagé au sommet du
Roc De Veyges. Se trouvant à la même hauteur que les 3 bunkers, elle présente
ici une vue d'ensemble identique au secteur d'observation des ouvrages. 

Cliquer ici pour agrandir l'image à la taille originale




A358














A359











Ha.. ben je suis pas le seul de tout évidence!
Hé, les confrères, et si nous évitions de laisser ce genre d'info trainer dans la nature ;-)
Ce petit plan me rappelle qu'il est temps de remercier leurs auteurs: des confrères Chablaisans
avec qui j'ai passé une  de mes 3 journée par ici, avec eux! Merci!!  






A360










Merci pour votre lecture, et à très (très) bientôt

1 commentaire:

  1. Hello

    Merci beaucoup, il est vrais que je l'attendais avec impatience =)
    La prochaine fois que je suis dans la région j'ouvrirais grand les yeux, beaucoup de ces ouvrages m'étaient inconnus.

    Par contre aillant souvent pris le tunnel des agites, je n'ai jamais penser à une utilisation militaire et suis surpris que beaucoup de monde le pense.

    Merci pour la visite

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